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11. Le « chemin de fer »

Le « chemin de fer » est, pour le journaliste de la presse écrite, une sorte de jouet pédagogique. C’est la représentation visuelle, sous forme de bande dessinée, sur papier, sur écran, ou projetée comme un film sur un mur, de ce que le journal contiendra, page par page, quand il sera terminé. Cette vue d’ensemble montre à l’avance comment la production rédactionnelle sera répartie et hiérarchisée, de la première page à la dernière.

Règles d’ «aiguillage»

Toutes les pages d’un journal n’ont pas le même impact visuel.

Le recto d’une page accroche le regard naturellement alors qu’il faut tourner la page pour voir le verso.

Les textes positionnés dans les pages impaires sont plus remarqués que ceux des pages paires.

Les pages les plus valorisantes sont, bien sûr, la « une », vitrine du journal, mais aussi la 3, la 5, la 7 etc. Ce seront les principales pages « chaudes » du journal, celles destinées au traitement de l’actualité « brûlante ».

Par contraste, les pages paires, la 2, la 4, la 6, la 8, etc. abriteront les « tournes » des articles principaux et les textes consacrés aux sujets secondaires. Elles fourniront les principales pages « froides » du ,journal, celles destinées au traitement des sujets moins urgents.

Deux autres emplacements, dans n’importe quel journal, sont extrêmement valorisants: la double page centrale et la dernière page.

La double page centrale est le meilleur emplacement pour la valorisation des formats longs. On la réservera aux grands reportages, aux enquêtes, aux dossiers, aux portraits, aux grandes interviews.

La dernière page, souvent bouclée la dernière, a vocation à abriter les dépêches de dernière minute. C’est aussi un emplacement de premier choix, comme celui de la une, pour la mise en valeur des dessins et éditoriaux.

L’étalement du « trafic »

La différence entre pages « chaudes » et pages « froides » n’est pas simplement une façon élémentaire de traiter l’actualité en fonction de sa « température ». Elle permet aussi d’étaler la production de la copie dans la journée pour éviter les engorgements au moment du bouclage. Si l’agenda est bien tenu, et les Menus prévisionnels soigneusement élaborés, beaucoup de sujets peuvent être traités à l’avance et intégrés dans le chemin de fer plusieurs heures avant le bouclage. Par exemple, les sujets prévus dans la double page centrale, les sujets intemporels, les sujets « magazine » ou les sujets secondaires positionnés dans les pages paires. Une production étalée, c’est la garantie d’un contenu soigné.

Un modèle de base

Le « chemin de fer » type d’un petit quotidien local est établi sur 12 pages. Cette pagination peut être transposée et démultipliée à volonté: doublée pour un grand quotidien local (24 pages), triplée pour un quotidien régional (36 pages), quadruplée pour un quotidien national (48 pages). Tout « chemin de fer » est segmenté selon l’actualité et l’organisation du travail. Il comprend autant de pages « chaudes » que de pages « froides » pour faciliter le traitement de l’actualité immédiate.

Petit quotidien local

  • Une : sujet principal: titre-annonce (« Mes combats contre César »), premier niveau de lecture (chapô résumant le sujet , renvoi du lecteur au corps du journal + photo ou dessin).
  • Page 2 : page montée à l’avance, consacrée aux « informations de services », par exemple au « Courrier des lecteurs ».
  • Page 3 : tourne du sujet principal de « une » avec un autre titre: «  A Gergovie, j’ai battu le « Grand Jules »… Et un sous-titre: « Le vétéran Vercingétorix nous explique comment les Bretons peuvent battre les Romains… » (page chaude).
  • Page 4 : La vie des quartiers (page froide).
  • Page 5 : La vie des quartiers (page chaude).
  • Pages 6-7, double centrale : reportage, dossier ou enquête sur l’actualité locale (page froide).
  • Page 8 : La vie économique (page chaude).
  • Page 9 : La vie culturelle (page froide).
  • Page 10 : La vie sportive (page chaude).
  • Page 11 : Faits divers (page chaude).
  • Page 12 : Portrait du jour (copie froide), colonne de brèves pour les informations de dernière minute (copie chaude).

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Transposition du « chemin de fer » type à un quotidien national ( un tiers de pages « froides »)

  • Une : vitrine.
  • Page 2 : faits divers.
  • Page 3 : tourne de la « une ».
  • Pages 4, 5, 6 : politique étrangère (dont une page « froide »).
  • Pages 7, 8, 9 : politique intérieure (dont une page « froide »).
  • Pages 10, 11 : sujets de société (dont une page « froide »).
  • Pages 12, 13 : double centrale.
  • Pages 14,15 : sujets économiques et sociaux.
  • Pages 16, 17 : vie culturelle (dont une page « froide »).
  • Pages 18, 1 : vie sportive (dont une page « froide »).
  • Pages 20, 21, 22 : informations de services (dont deux pages « froides »).
  • Page 23 : loisirs, télévision, radios, jeux (page « froide »).
  • Page 24 : actualité de dernière heure.

Le rôle des « ouvreurs »

L’ajustement du « chemin de fer » aux impératifs de l’actualité est facilité par le travail des « ouvreurs ». Désignés à tour de rôle, ils sont, dans chaque service ou rubrique, les premiers journalistes à arriver au bureau. Leur mission consiste à préparer l’organisation du travail de leur équipe. Ils font le tri les dépêches d’agences, celui des news diffusées via internet, réceptionnent les communiqués officiels et les textes envoyés par les correspondants. Ce tri fait gagner du temps à tout le monde et permet au « chemin de fer »… de partir à l’heure!