Presse // 13. Le reportage

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Le reportage est considéré comme un genre majeur. C’est un idéal journalistique: un bon reportage réalise la synthèse de tous les autres genres journalistiques. Encore faut-il que la forme et le fond y soient harmonisés autour d’un bon sujet traité avec talent. C’est un exercice difficile. Il ne supporte pas la médiocrité. Il réclame la maîtrise de toutes les techniques rédactionnelles.

Les huit clés du bon reportage :

1. Une bonne idée.

Pour capter l’attention il faut d’abord avoir à raconter une histoire originale. La première chose à faire est de trouver « la » bonne idée, celle que les autres journaux n’auront pas. Dans le tourbillon de l’actualité on la trouve souvent en cherchant à contre-courant. Jules César a débarqué en Grande-Bretagne? Tout le monde se polarise sur son plan de bataille, ses forces armées, ses objectifs géopolitiques, ses ambitions personnelles? Les envoyés spéciaux de la presse romaine et gauloise affluent sur la plage de Douvres?… Moi, je vais faire le contraire! Je vais aller voir, sur place, comment réagissent les Bretons, ces « Barbares »… Je « vends » l’idée à mon Directeur de la rédaction qui s’en délecte à l’avance…

2. Une bonne documentation.

Pour être capable de comprendre ce que l’on va voir, quand on part en reportage en terrain inconnu, il faut avoir au moins une petite idée de ce qui vous y attend… Or, je ne sais rien de ces Bretons « barbares ». Comment pourrai-je écrire sur eux des choses intelligentes ? Donc, je prends le temps de me documenter sur eux avant d’aller à leur rencontre. Sinon, une fois sur place, je risquerais de passer à côté des choses les plus intéressantes.

3. Des portraits et des scènes de vie.

Le reportage, c’est la vie des gens. Parvenu chez les Bretons, je fais parler les gens, je repère les personnages les plus bavards, les plus truculents, les plus importants, je les fais parler de Jules César et de son débarquement. Je prends mille notes manuscrites sur ce que je vois et entends; j’enregistre mes conversations sur magnétophone (avec l’accord de mes interlocuteurs) ; je prends soin, avant chaque entretien, d’identifier précisément chacun de mes interlocuteurs : nom, prénom, âge, métier, couleur des yeux, couleur des cheveux, traits caractéristiques… Je note également tous les détails descriptifs qui me seront nécessaires pour les montrer en action: ici, une forge ; là, une épicerie; là-bas, un « pub »…

4. Des bruits, des couleurs, des odeurs.

Le reportage, c’est le cadre de vie des gens. Tous mes sens sont en alerte. J’enregistre les bruits, les couleurs, les senteurs pour les restituer dans mon récit. Je décrirai chacun de mes personnages dans son univers professionnel. Il faut que mon texte transporte le lecteur pour que celui-ci voie, entende, ressente les mêmes choses que moi.

5. Un angle d’attaque.

 Je retire un sentiment prédominant de ce que je vois, entends et ressens au contact des Bretons et de leurs préparatifs guerriers : la campagne de César ne sera pas une promenade de santé; les Bretons s’attendaient à son débarquement; ils lui opposeront une nouvelle forme de guérilla… avec le renfort des Ecossais! C’est un scoop : c’est Britanix, le chef des Bretons, qui me l’a confié! Les Ecossais ont déjà quitté les Highlands pour prendre César à revers pendant qu’il assiégera London. Voilà mon angle d’attaque! Je tiens même mon titre: « César va droit à la douche écossaise »…

6. Une bonne accroche.

Le bon reportage, c’est une bonne idée qui s’incarne dans des personnages forts et s’exprime dans des paroles lourdes de sens. Britanix m’a fourni de quoi faire une bonne accroche dans ses réponses à mes questions. Il est le chef des Bretons, je le mettrai en scène d’entrée en commençant mon récit par l’une de ses phrases les plus significatives: « César est arrivé en bateau, il repartira à la nage!… ». J’enchaînerai en brossant son portrait en quelques lignes pour planter le décor avant d’égrener ses autres déclarations au fil de mon récit.

7. Un bon fil conducteur.

Le bon reportage, c’est un solide fil conducteur tendu entre une bonne accroche et une bonne chute. Les déclarations que m’a faites Britanix me serviront de fil conducteur. Je construirai le corps de mon texte en faisant se succéder en alternance les citations, les descriptions, les petits portraits, les témoignages et mes propres remarques analytiques sur la stratégie et les moyens des Bretons et de leurs alliés.

8. Une bonne chute.

Il n’y a pas de bon reportage sans bonne chute. Celle de mon récit de voyage chez les Bretons sera symétrique à l’accroche. Je laisserai le dernier mot à Britanix :« Ils sont fous ces Romains… ».

L’histoire vivante est celle du temps présent, j’écris donc au présent.

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