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17. L’écriture

L’écriture journalistique est une écriture de précision. Elle est claire, concise. Elle va à l’essentiel parce qu’elle n’a pas de temps à perdre; mais elle doit être aussi exacte que l’écriture scientifique. Elle va au plus simple parce qu’elle doit être comprise par tout le monde; mais elle sait être aussi élégante que l’écriture littéraire. Variable selon ses formes d’expression, l’écriture journalistique a sa propre amplitude.

La question préalable : qu’est-ce que je veux dire?

On n’écrit bien que si l’on conçoit clairement ce qu’on veut écrire. Quel que soit le genre retenu pour exprimer ce qu’il veut écrire, le journaliste ramène son propos à l’essentiel sous la forme d’un message concentré qu’il met en évidence, par souci d’efficacité, dès les premières lignes de son texte.

Exemple, en cas de reportage : «César est arrivé en bateau, il repartira à la nage!… Britanix, tranquille, le dit avec le sourire, en affûtant sa hache de guerre entre deux tasses de thé. Le chef des Bretons, ne semble pas affolé par l’avancée des légions romaines débarquées sur la plage de Douvres. Sa riposte est prête. César ne le sait pas encore mais il va tomber dans un piège… ». Expliquer ensuite, au fil du récit, quel sera le piège.

Deux questions essentielles :
A qui dois-je le dire, comment le dire?

  • Le journaliste s’adresse à un public qui lui est familier. Son écriture est au service de ses lecteurs. Mais tous les journaux n’ont pas les mêmes lecteurs. Le journaliste professionnel adapte son écriture aux besoins de son lectorat. S’il s’adresse à de jeunes lecteurs, par exemple, il se fait pédagogue : «L’armée du général romain Jules César, qui vient d’envahir la Grande-Bretagne, est une armée composée de soldats professionnels dévoués à leur chef parce que leur solde dépend de ses succès…. ». S’il s’adresse à des lecteurs avertis en matière guerrière, il se fait expert: « Jules César a confié l’avant garde de son dispositif de marche à la IXème Légion, placée sous le commandement de Labienus, le premier de ses lieutenants, connu pour l’habileté de ses manoeuvres… ». Etc.
  • Le journaliste n’écrit pas pour soi ; il écrit pour les autres. S’il adapte son écriture aux besoins de ses lecteurs en général, il garde à l’esprit qu’il écrit pour chacun d’eux en particulier. Son écriture est simple, accessible à tout le monde, faite de phrases courtes, elle utilise les mots justes, proscrit les fioritures. Elle court vite. Son tempo est le présent de l’actualité. Sa sobriété fait sa force. Elle donne beaucoup d’informations en peu de mots: « Son cheval boîte. Sa cape est couverte de boue. Son plastron tâché de sang. Il ne tient plus en selle. On dirait un fantôme. César, blessé, bat en retraite… ».

La clé : écrivez en jouant.

L’écriture journalistique possède ses codes mais elle est le contraire d’une écriture stéréotypée. Elle reflète la vie dans toutes ses nuances. Les apprentis qui croient nécessaire d’imiter l’écriture des « vétérans » commettent une erreur. L’écriture journalistique, heureusement, n’est pas formatée. Heureusement pour les lecteurs! Sinon, les contenus rédactionnels se ressembleraient tellement que la lecture des journaux ennuierait les lecteurs. Chaque journaliste doit trouver son style, l’affirmer, singulariser sa production. On y parvient en prenant du plaisir à écrire chaque jour. Il s’agit pour chacun de travailler à rendre unique sa façon de rapporter les images, les sons, les parfums. Le journaliste apprend à écrire comme il respire en jouant avec les figures de style qui donnent rythme et souffle à l’agencement des idées, des mots et des images.

Jouez avec la signification des mots.

  • Trouvez des analogies appropriées ! Laissez votre imagination dénicher les bonnes ressemblances ! Rien ne vaut une image pour orner un texte. Les légions romaines sont en marche ? A quoi ressemblent-elles, les unes derrière les autres, sur la route de Londres ? L’image est immédiate : « Les chenilles processionnaires de César avancent sur Londres à marche forcée… ».
  • Personnifiez les idées abstraites ! Voyez, sur les traces de César, « la Justice poursuivant le Crime » sous le regard réprobateur de « la République en colère »… » ! Mais attention : si le recours à l’allégorie est répandu dans le genre éditorial il est préférable de ne pas en abuser car il va à l’inverse de la sobriété.
  • Créez de nouveaux types d’individus ! Transformez les noms propres en noms communs: « Désormais, en Grande-Bretagne, pour qualifier un héros, on dira: « un britanix », et, pour qualifier un vaniteux, on dira: « un césar »!
  • Exprimez-vous par euphémisme ! Suggérez le plus en disant le moins: « La situation de César n’est pas impériale… ».
  • Maniez l’ironie ! Exprimez une idée par son contraire : « Tout ce bel échantillon de la civilisation romaine, à force de déployer son génie militaire, se retrouvera bientôt aux bains de mer forcés… ».

Jouez avec la position des mots.

  • Accumulez les mots ! Provoquez des gradations : « Adieu veaux, vaches, cochons, sangliers bretons!… ». Ce procédé donne de la nervosité à l’écriture.
  • Produisez des effets d’insistance ! Rythmez votre texte en répétant le dernier mot d’une phrase au début de la phrase qui suit : « Il y avait un légionnaire dans le poulailler. Le poulailler était calme… ». Ou rythmez votre texte en répétant le même mot au début et au milieu de la même phrase : « Le légionnaire était dans le poulailler, le légionnaire était affamé… ». Ce procédé permet aussi des progressions éditoriales: « Puisque les Bretons sont dans le trou, puisque César se croit tout permis, puisque les droits du citoyen sont bafoués… », etc.
  • Ornez votre texte d’un « effet miroir »! Faites en sorte, par exemple, que votre chute soit parallèle à votre accroche : « Son cheval boîte… Son cheval meurt… ». Ou réservez ce parallélisme à la mise en valeur de votre chute: « Hier, son blanc cheval symbolisait sa gloire. Boiteux, ensanglanté, son cheval moribond symbolise, aujourd’hui, sa déchéance… ».
  •  Surprenez le lecteur en bousculant les normes ! Optez pour la rupture dans la construction de vos phrases: « Le nez de César, s’il eût été moins fin, toute la face de la Gaule aurait changé... ».

Jouez avec la musique des mots.

  • Bâtissez des harmonies sonores ! Faites rimez vos phrases quand le contexte autorise un brin d’éloquence : « Les Bretons pourraient s’accommoder de vivre sans bonheur mais jamais ils n’accepteront de vivre sans honneur… ».
  • Glissez un brin de poésie dans votre prose ! Essayez l’allitération, qui consiste à répéter le même son : « La muse de César ne s’appelait pas Cambuse par hasard… ». Essayez l’assonance, qui consiste à répéter la même voyelle: « Veni, vedi, vici », « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu… ».
  • N’hésitez pas à utiliser quelques familiarités ! Injectez-les dans vos récits sur la vie quotidienne:  « B’jour! », « B’soir! »…

Un bel article est un article qui donne autant de plaisir à son auteur qu’à ses lecteurs.