Presse // 18. La plus-value rédactionnelle

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Un contenu rédactionnel est toujours perfectible. Il y a toujours quelque chose à faire pour rendre un texte plus clair, plus précis, plus complet, plus intéressant. La préoccupation de la valeur à ajouter à sa propre production habite le journaliste qui ne se contente pas de peu. L’enrichissement d’un contenu est même possible jusqu’au dernier moment malgré la pression de la pendule.

Les retouches de dernière minute.

* Quand on cite le nom de quelqu’un on précise aussi son prénom pour éviter toute confusion avec un éventuel homonyme : « Jules César… ».

* Quand on cite le nom d’un(e) élu(e) on précise aussi son mandat et sa sensibilité politique parce qu’il s’agit d’une personnalité publique : « Marcus Cicéron, sénateur radical de Sicile… ».

* Quand on parle d’un(e) inconnu(e) pour la première fois on indique, au moins, son âge et son métier : « Marcus Vitruve, 40 ans, ingénieur militaire… ».

* Quand on emploie un sigle pour la première fois on développe sa signification par égard pour les lecteurs non avertis. « SPQR (Senatus Populus Que Romanus : Au nom du Sénat et du Peuple Romain »).

* Quand le traitement d’un sujet d’actualité renvoie à des faits antérieurs ou des événements passés, on recourt à l’appel de note pour rafraîchir la mémoire des vieux lecteurs et éclairer la lanterne des plus jeunes : (1) « Jules César, général et homme d’ Etat, né à Rome en 101 avant l’ ère chrétienne, assassiné à Rome en 44. ».

La recette des 4 « C ».

 « Que puis-je faire de plus ou de mieux? ». « Que pouvons-nous faire de plus et de mieux? ». « Que pouvez-vous faire de plus ou de mieux? ». Qu’on se la pose soi-même au vu de son agenda personnel, qu’on se la pose entre soi, au cours d’une réunion de service, ou qu’elle soit soulevée au cours d’une conférence de rédaction, la question de savoir comment enrichir ou approfondir le traitement prévu d’un sujet d’actualité débouche sur quatre possibilités : le traitement en contrechamp, le traitement en contrepoint, le traitement en contre-pied, le traitement en contre-écrou.

Contrechamp. La valeur ajoutée en contrechamp consiste à produire un effet de miroir inversé: on complète le traitement du sujet principal par le traitement du même sujet abordé sous un angle diamétralement opposé. J’ai décidé de consacrer mon sujet principal au génie militaire de Jules César. En contrechamp, je traiterai aussi des servitudes qui en résulte pour le fantassin romain de base soumis à une discipline inconcevable pour un « barbare »…

Contrepoint. La valeur ajoutée en contrepoint consiste à produire un effet de second plan: on juxtapose le traitement d’un sujet annexe, voire décalé, sur le traitement du sujet principal. J’ai décidé de consacrer mon sujet principal aux problèmes d’intendance que rencontre César dans ses expéditions. En contrepoint, je ferai un portrait et une interview de l’un de ses vaguemestres anonymes chargés de cavaler en permanence à travers la Gaule pour tenir Rome au courant des exploits de son général en chef…

Contre-pied. La valeur ajoutée en contre-pied consiste à produire un effet de contraste: à une enquête on oppose une contre-enquête, à un témoignage on oppose un contre-témoignage, à une expertise on oppose une contre-expertise, à un exemple on oppose un contre-exemple, etc. Ma rédaction en chef a décidé d’opposer à mon enquête sévère sur les pratiques esclavagistes de César une contre-enquête de notre correspondant permanent à Rome sur les investissements humanitaires de César en faveur de la plèbe… Je n’y vois aucune objection. Le lecteur sera confronté à deux regards contradictoires sur les pratiques de notre « héros » – d’un côté sa part d’ombre, de l’autre sa part de lumière-, le public sera juge…

Contre-écrou. La valeur ajoutée en contre-écrou consiste à produire un effet de solidité: on renforce le traitement du sujet principal avec plusieurs apports complémentaires. Je vais consolider mon enquête sur le financement des campagnes de César en ajoutant trois éléments informatifs à mon texte principal : une petite interview (3 questions-réponses) de l’ancien banquier de Crassus qui n’est plus avare de confidences depuis que celui-ci a changé de banque; un encadré sur les transactions de la semaine dernière au marché aux esclaves de Lutèce, où l’Intendant en chef de César s’est déplacé en personne pour réaliser quelques bonnes « affaires »; un graphique sur l’évolution comparée, depuis 5 ans, des revenus de César, de son « parrain » Pompée et de son financier Crassus.

Un antidote contre la grisaille de l’actualité.

L’actualité est si souvent déprimante que le journaliste prévoyant tient toujours prêt un « antidote » contre la morosité. Le plus efficace des « antidotes » éprouvés consiste à introduire des « sourires » dans les pages trop tristes. Le « sourire » est un genre journalistique dont la forme est variable mais dont le fond est toujours décalé – délibérément décalé- par rapport au thème dominant. Cela peut être un dessin, un billet, un portrait, une petite interview, un témoignage… L’essentiel est que sa charge de bonne humeur soit de nature à détendre, amuser, faire sourire le lecteur. Ce sera le portrait d’un petit épicier heureux de vivre au milieu d’une enquête sur la crise. Ce sera l’interview d’un éternel optimiste au-dessous d’une analyse catastrophiste. Ce sera un dessin moqueur d’ Artefix en marge de mon interview de César…

Avoir l’audace de bousculer les normes.

Il y a toujours de nouveaux lecteurs à conquérir. Un journal qui connaît bien son lectorat est capable d’identifier ses points faibles. Quand ceux-ci sont identifiés il suffit parfois de créer de nouveaux espaces de lecture pour gagner des lecteurs. J’ai augmenté du jour au lendemain les ventes de ma « Gazette de Rome » en publiant chaque semaine, au milieu des pages de politique intérieure, un « Grain de poésie » signé de Virgile, et mon journal trouve même acheteurs en Gaule depuis que j’y publie les lettres de lecteurs rédigées en patois local.

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