Presse // 20. Les titres

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J’écris pour être lu. Si je veux que les lecteurs de mon journal me lisent, je dois attirer leur attention sur mon article. J’y parviendrai si mon article bénéficie d’un bon titre. Qu’est-ce qu’un bon titre? C’est une invitation. Elle doit donner envie. Elle doit donner envie sans exagérer, sans tricher, sans mentir. Sa rédaction parachève le travail d’écriture. Elle réclame donc un soin extrême.

On n’est jamais mieux invité que par soi-même : je conçois mes titres moi-même.

Je suis journaliste, je suis donc possessif : touche pas à mes écrits ! Je n’aime pas qu’on intervienne sur mes textes à tort et à travers. Je revendique la maîtrise totale de ma production rédactionnelle et j’assume cette revendication. Je m’impose tous les efforts nécessaires pour que ma production ne subisse, à la relecture, aucune retouche de forme ou de fond. Cela vaut pour la « titraille » autant que pour la copie : quand je soumets un texte à relecture je le soumets prêt à paraître, c’est-à-dire doté par mes propres soins d’un titre, si besoin d’un sur-titre, si besoin d’un sous-titre, et, dans tous les cas de figure, d’un ou plusieurs inter-titres. Cela me rassure et facilite le travail du préposé à la relecture et du Secrétariat de rédaction.

Je décline moi-même mes titres sur toute la gamme des genres.

A chaque genre d’article correspond un genre de titre. Mais chaque genre de titre a ses différenciations. Il y a les légers et les lourds, les longs et les courts, les petits et les gros, les simples et les compliqués, les informatifs et les incitatifs, et cetera… En outre, la confection des titres obéit à des règles d’architecture qui varient d’un journal à l’autre. Certaines chartes éditoriales préconisent les titres à étages, d’autres, au contraire, bannissent les empilages sur-titres-titres-sous-titres-chapôs.

Le titre principal mono-phrasé. Le meilleur titre est toujours le plus simple. Pourquoi s’encombrer de deux lignes de titre quand une seule peut tout dire? Pourquoi s’encombrer d’éléments accessoires quand il suffit d’un titre principal pour tout résumer? Le meilleur titre est le titre informatif mono-phrasé, celui qui répond en une phrase courte aux deux questions essentielles: « qui » et « quoi? »:

« César envahit la Bretagne ».

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Dans le genre mono-phrasé incitatif le meilleur titre est celui qui exprime l’émotion de l’auteur dans le minimum de mots :

« Aux armes contre César! ».

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Les titres accessoires. Une fois trouvé le titre principal, je peux lui ajouter facilement des compléments. Si je lui ajoute un sur-titre ou un sous-titre, je bâtis un titre tri-phrasé. Si je lui adjoins simplement un sous-titre, je bâtis un titre bi-phrasé.

Dans le genre informatif, le sur-titre répond aux questions « ? et quand? » ; le sous-titre répond aux « comment? », « pourquoi? », « avec qui? », « avec quoi? ». Cela donne à la titraille une architecture symétrique fondée sur un parti-pris esthétique : le sur-titre et le sous-titre encadrent le titre principal comme un cadre met en valeur un tableau. C’est le titre tri-phrasé :

Sur-titre : « Débarqué avec ses légions, cette nuit, sur la plage de Douvres ».

Titre :  « César envahit la Bretagne ».

Sous-titre : « Le proconsul de Rome en Gaule marche sur London qu’il veut assiéger avec le renfort de cavaliers germains. »

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Dans le genre tri-phrasé incitatif, le sur-titre reste informatif mais sert de point d’appui au titre principal; le titre principal exprime un jugement éditorial; le sous-titre prolonge le titre principal dans un effet de crescendo :

Sur-titre : « Les légions du proconsul de Rome tentent d’envahir la Bretagne ».

Titre : « Aux armes contre César! ».

Sous-titre: « Le Chef des Bretons organise la résistance et exhorte les Gaulois à se soulever ».

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Il existe une formule mixte : le titre bi-phrasé. Elle associe un titre principal mono-phrasé et un sous-titre synthétisant les éléments d’information répartis dans le sur-titre et le sous-titre du genre tri-phrasé :

Titre : « César envahit la Bretagne ».

Sous-titre : « Le proconsul de Rome en Gaule marche sur London à la tête de ses légions débarquées, hier, à Douvres ».

Cette formule mixte s’accompagne, en général, d’un chapô introduisant le texte. Ce schéma de pyramide inversée offre au lecteur trois niveaux de lecture avant le début du texte.

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Tous les titres journalistiques ne sont que des adaptations ou des combinaisons de ces trois modèles. C’est en général le format qui commande alors le gabarit du titre.

Le titre mono-phrasé convient particulièrement à tous les commentaires: éditoriaux, billets, chroniques. L’idéal pour un titre de commentaire, c’est un mot par colonne. 1 col: «Résistance! ». 2 col: « No pasaran! ». 3 col: « Vade retro César! ».

Le titre bi-phrasé convient bien aux reportages :

« Les enfants de Britanix jouent au rugby pendant que leur père affûte ses haches ».

Le reportage exclusif de notre envoyé spécial chez les Bretons farouchement décidés à rejeter César et ses légions à la mer ».

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Le titre bi-phrasé convient bien aux enquêtes :

« César finance ses expéditions avec de l’argent sale ».

« Le proconsul de Rome est financièrement soutenu par les banquiers et les marchands d’esclaves ».

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Le titre bi-phrasé convient bien aux entretiens :

Un entretien avec Britanix, chef des Bretons décidés à repousser les Romains.

« César est arrivé en bateau, il repartira à la nage!.. ».

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Quant aux intertitres, ils ne sont pas seulement des repères visuels destinés à égayer les textes et à les rendre moins compacts, donc plus lisibles. Ils donnent du rythme aux textes, en relancent la lecture. Leur choix doit être réfléchi car ils ne doivent pas être redondants avec le contenu des titres, sur-titres ou sous-titres. Bien choisis, ils mettent en évidence des points d’information : « Réserves de thé », « 1000 chevaux », « 30 guetteurs », « Peur? Tu rigoles!.. ».

Résister à la tentation des titres racoleurs.

La concurrence conduit parfois la presse écrite à opter pour des titres incitatifs du genre racoleur, conçus comme des calembours, des jeux de mots ou des détournements de titres de livres, films ou feuilletons télévisés, etc. Quand on cède à cette tentation, le résultat est parfois drôle. C’est amusant, par exemple, d’écrire « César comme Rambo! », mais est-ce judicieux dans un quotidien d’information? En versant dans ces facilités on abaisse l’écriture journalistique au niveau des amusements puérils. Cette pratique devrait être réservée à la presse satirique.

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