Presse // 21. La mise en page

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La mise en page, c’est la mise en vitrine de la production rédactionnelle. Objectif recherché: mettre en valeur les articles. Les règles qui s’appliquent sont celles de la composition picturale. Chaque page du journal doit être conçue et réalisée comme un tableau: il s’agit d’assembler autour d’un motif principal des motifs secondaires hiérarchisés. Mais l’ensemble doit être clair, lisible, esthétique.

Une page bien composée est une oeuvre dont la composition géométrique dégage, au premier coup d’oeil, une impression d’équilibre et d’harmonie.

Le journaliste metteur en page est moins un peintre qu’un architecte d’intérieur. Il exerce son talent dans le cadre rectangulaire imposé par la forme de la page. Il réalise les opérations techniques nécessaires pour que l’agencement de l’élément principal et des éléments secondaires fasse le meilleur effet visuel.

Il y a un double équilibre à trouver.

Un équilibre général, dans la page, entre le blanc et le noir: entre la surface blanche laissée au papier et la surface noire de la masse des écrits. S’il y a trop de blanc il n’y a pas assez de choses à lire. S’il y a trop de noir, les choses à lire trop compactes, deviennent difficiles à lire. Rapport serré : ¾ de noir, ¼ de blanc. Rapport idéal : 2/3 de noir, 1/3 de blanc. Rapport artistique : 3/8 de blanc, 5/8 de noir.

Un équilibre particulier, à l’intérieur de la masse noire, d’une part entre le motif principal et les motifs secondaires, et, d’autre part, entre les différents motifs secondaires. La prééminence du motif principal ne doit ni écraser ni éclipser les autres motifs.

L’architecte de la page résout ce problème en agissant :

  • sur les marges de la page tout autour de la surface imprimée,
  • sur le nombre et la largeur des colonnes de la page,
  • sur les polices de caractère disponibles pour la composition des textes,
  •  sur la force des caractères typographiques utilisés pour chaque article et pour chaque titre,
  • sur la longueur des lignes,
  • sur les espaces entre les mots, entre les lignes et entre les colonnes.

L’architecte de la page fait des esquisses : ce sont ses maquettes. Il a à sa disposition différents modèles mais il peut aussi faire du sur-mesures. En matière de mise en page, il existe des traditions, habitudes, usages, mais aucune règle absolue, sinon celle du bon sens et du bon goût.

La mise en valeur du sujet principal.

Le centre d’intérêt de chaque page, son coeur de lecture, son focus, c’est le sujet principal. Il n’y a qu’un seul sujet principal par page. Il occupe la place d’honneur dans le rectangle du tableau : la tête de page. Il bénéficie du plus gros titre. La répartition des autres textes dans la page est déterminée par son format, la force de son titre, son éventuelle illustration. Mais la prééminence du motif principal ne doit ni écraser ni éclipser les autres articles qui ont aussi, séparément, beaucoup d’importance. L’architecte metteur en page essaye de trouver la meilleure combinaison. Sa réflexion porte sur les proportions à juxtaposer dans un cadre rigide.

Rechercher les proportions harmoniques.

La question de savoir quelle est la meilleure manière d’équilibrer les parties d’un tout entre elles, et avec ce tout, est aussi vieille que la peinture ou la musique. L’art architectural de la mise en page s’inspire des proportions harmoniques en usage dans les autres arts.

L’harmonie typographique évite les effets de symétrie en utilisant la clé 4 – 2 – 1 : quand le sujet principal bénéficie d’un titre de 4 colonnes en haut de page l’usage commande que, parmi les autres titres, il n’y ait, dans la même page, aucun 3 col qui puisse lui porter ombrage. En revanche, il peut y avoir, dans le corps de la page, plusieurs titres sur 2 col ou 1 col.

L’harmonie typographique évite le brouillage visuel en utilisant la clé 6 – 3 – 2 : quand le sujet principal bénéficie d’un titre sur 6 colonnes en haut de page, l’usage commande que parmi les autres titres il n’y ait, dans la même page, qu’un seul 3 col, de préférence centré en bas de page, alors qu’il peut y avoir, dans le corps de la page, plusieurs titres sur 2 col.

La clé du « Nombre d’Or ».

La meilleure façon de donner des proportions harmoniques à la construction d’une mise en page consiste à diviser la page en quatre espaces en utilisant l’antique clé du « Nombre d’or » (arrondi à 1,618) pour que ces espaces soient, selon l’expression du mathématicien grec Euclide, « en proportion d’extrême et de moyenne raison » les uns avec les autres.

Le calcul est facile quelles que soient les dimensions de la page (voir annexe) :

On divise la Largeur ( L ) de la page par le Nombre d’ Or :

Largeur de la page : 1,618 = x

On soustrait le produit de cette division de la Largeur (L) :

Largeur de la page – x = y

On reporte la mesure « y » obtenue sur la largeur supérieure du rectangle (A-B), en opérant, de préférence, à partir de l’angle supérieur droit (B) du rectangle.

Cette mesure « y » indique alors l’emplacement d’un Point P1 sur la Largeur (A-B) du rectangle.

A partir de ce Point P1 on trace une ligne verticale qui divise la page en deux parties inégales mais proportionnées par le « Nombre d’Or ».

On procède de la même façon avec la Hauteur (H) de la page jusqu’à diviser la page à l’horizontale à partir d’un Point P2 mesuré à partir de l’angle (C) inférieur droit du rectangle.

La page est ainsi écartelée en quatre surfaces rectangulaires différentes formant un ensemble aux proportions harmoniques combinant simplicité, clarté, diversité.

Chacune de ces quatre surfaces peut être subdivisée, au besoin, en utilisant le même calcul. Cette trame idéale permet de nombreux ajustements, dans le sens vertical ou horizontal, y compris les ruptures en « escalier » dans les colonnes et le positionnement d’articles à cheval entre deux surfaces.

Pense bête :

  • Attention au choix des caractères ! Simplicité d’abord : trop de diversité typographique fatigue l’oeil qui lit. S’en tenir à deux polices : un caractère à patin, de type Times, pour les textes, et un caractère droit, sans patin, de type Helvetica, pour les titres et sous-titres. Jouer sur les maigres, les gras et les italiques selon les genres.
  • Attention au contenu des chapôs ! Le chapô d’un article n’est jamais le début de l’article. C’est une préface courte rédigée pour introduire l’article « chapeauté » et inciter à sa lecture sans déflorer son contenu.
  • Attention aux « tournes »! On n’interrompt pas un texte n’importe où, surtout pas au milieu d’une phrase – même s’il s’agit d’un texte de « une » – quand la suite est à lire plusieurs pages plus loin. Les tournes ne doivent pas nuire à la commodité et à la fluidité de la lecture.

Les équipes rédactionnelles capables d’établir des Menus précis et de les respecter ont intérêt à prendre directement en charge l’esquisse des maquettes qui les concernent et à transmettre celles-ci, pour exécution et vérification, au Secrétariat de Rédaction.

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