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22. L’illustration et l’iconographie

Informer, c’est aussi montrer. L’image ne remplace pas toujours l’écriture mais peut la rendre plus expressive. Elle rend même, parfois, l’écrit inutile. Une photo peut avoir plus de force qu’un récit, un dessin plus d’impact qu’un éditorial, un graphique plus de précision qu’une analyse, un schéma plus de clarté qu’une enquête, une carte plus de netteté qu’un témoignage. Le journalisme est devenu un artisanat global.

Toutes les photos n’informent pas de la même façon.

Il y a des photos qui décrivent. Ce sont les plans généraux ou les plans d’ensemble, par exemple les photos de paysage ou les scènes d’activités humaines vues de loin. Leur valeur purement descriptive en fait des photos à faible valeur ajoutée. Leur intérêt informatif est généralement médiocre. Sauf lorsque les circonstances dans lesquelles elles sont prises – et l’angle choisi pour la prise – leur donnent une valeur de document.

Il y a des photos qui racontent. Ce sont les plans moyens, les plans américains, les plans rapprochés, par exemple les scènes d’activités humaines vues de près, les personnages cadrés en pied, cadrés au-dessus du genou et jusqu’à la taille ou cadrés de la taille à la poitrine. Leur valeur narrative en fait des photos à forte valeur ajoutée.

Il y a des photos qui provoquent des chocs. Ce sont les gros plans et les très gros plans, par exemple les visages observés de très près ou les détails de scènes cadrées de très près. Leur impact émotionnel en fait des photos à très forte valeur ajoutée.

La photo, c’est une tranche de vie instantanée, et l’essentiel, dans une photo, c’est son cadrage. Les « natures mortes » n’ont pas leur place dans un quotidien d’information. Toutes les photos doivent montrer de la vie. S’il n’est pas lui-même photo-reporteur, le journaliste veille à ce que les photos destinées à illustrer ses textes montrent des scènes de vie et soient cadrées de telle sorte, quelque soit le sujet principal à illustrer, que la vie y soit toujours présente, au premier ou au second plan.

J’ajouterai une photo panoramique à mon récit du débarquement des « fourmis processionnaires » de César sur la plage de Douvres. Mes lecteurs visualiseront ainsi l’importance et la puissance de l’armée romaine marchant sur Londres.

Mon reportage chez les Bretons sera illustré par plusieurs scènes de la vie quotidienne qui montreront, en plans moyens, des hommes, des femmes et des enfants dans leurs préparatifs guerriers.

Mon portrait de Britanix paraîtra avec une photo, en plan rapproché ou gros plan, du chef des Bretons souriant en train d’affûter sa hache.

Mon entretien avec César sera illustré par un très gros plan sur le profil d’aigle du proconsul de Rome en Gaule.

Je rédigerai ensuite les légendes des photos que mon photographe et moi sélectionnerons pour consacrer à ces événements historiques une double page illustrée prévue dans l’édition du week-end. Elle sera composée d’un assemblage de plans rapprochés et intitulée : « César, le film du Débarquement. » Mon apport de rédacteur se limitera aux légendes et à un chapô d’ensemble…

Si je dispose d’un document, ou d’une photo à très forte charge symbolique, je demanderai sa publication en pleine page, sur une page entière.

Le dessin de presse est un espace de liberté absolue.

Le dessin, la caricature de presse, c’est un espace sanctuarisé ! Personne n’y touche ! Quand on a dans son équipe rédactionnelle un dessinateur ou un caricaturiste capable de résumer l’actualité en quelques traits, et d’en traiter avec un regard détaché, tantôt souriant tantôt féroce, on fait confiance à son inspiration. Quitte à discuter de ses esquisses. Le bon modus vivendi consiste à lui demander de soumettre chaque jour à la rédaction en chef trois projets liés à l’actualité, au minimum deux. Le choix est concerté mais le dernier mot appartient à la rédaction en chef.

L’infographie ne supporte pas la médiocrité.

Les ressources de l’infographie donnent aux contenus rédactionnels une valeur de référence à condition que leur propre contenu soit parfait. Le journaliste n’a pas droit à l’erreur quand il publie un graphique, un schéma, une courbe ou une carte à côté de son article. La moindre erreur de détail jette un doute sur l’ensemble de son travail. Informer par l’infographie, c’est imposer la rigueur scientifique dans le traitement de l’information. Cela demande réflexion, application et coordination au cours des conférences de rédaction.

La carte transporte. J’ai besoin du renfort d’une carte géographique de l’ Ouest de la Grande-Bretagne pour transporter mes lecteurs sur le futur champ de bataille où je préciserai les emplacements et les déplacements des troupes en présence.

Le graphique explicite. Je dispose de données exactes et datées sur l’évolution des cours à la Bourse aux esclaves depuis l’arrivée de César en Gaule mais une courbe graphique sera plus explicite qu’un analyse…

Le schéma éclaire. Le financement occulte des expéditions de César passe par beaucoup de sociétés-écrans, un schéma sur ce mécanisme sera plus clair que des explications compliquées.

Mieux vaut un dessin, une carte , un graphique ou un schéma qu’une mauvaise photo.