Presse // 24. La responsabilité sociale du journaliste

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La pratique du journalisme est brouillée par le développement des médias nés des nouvelles technologies. C’est le revers d’ internet: il y a aujourd’hui autant de sources de « nouvelles » qu’il y a d’individus dans les réseaux sociaux, et plus d’informateurs amateurs qu’il n’y a de professionnels de l’information. Les vrais journalistes doivent revoir à la hausse les critères d’exigence de leur métier.

Le journaliste ne milite que pour des valeurs universelles.

Le journaliste est un acteur social mais il n’est pas un acteur politique au sens commun du terme bien que son rôle social ait un impact politique. Les valeurs qui forment le socle de son action professionnelle sont les valeurs de l’universalisme : la paix, la démocratie, la liberté, la solidarité, l’égalité, l’éducation, les droits de l’homme, les droits de la femme, les droits de l’enfant, le progrès social, etc. Ses écrits contribuent donc aux transformations sociales et politiques.

S’il milite au nom de ces valeurs universelles, le journaliste ne milite jamais en faveur d’intérêts catégoriels, sectoriels, individuels ou partisans. Sinon il tombe dans la confusion des genres, aliène sa liberté, compromet le crédit de confiance que les lecteurs accrochent à son indépendance.

S’il adhère à un parti – ce qui est son droit citoyen – il doit s’interdire de mettre sa fonction au service de son parti et, en particulier, de relayer, dans son journal, les prises de position de son parti. Les chartes éditoriales empêchent les dérives en excluant notamment qu’un journaliste membre d’un parti ou d’un syndicat puisse intervenir dans le traitement des informations relatives à ce parti ou à ce syndicat.

Le journalisme d’opinion ne fait pas exception à la règle. 

Il arrive souvent que le journaliste militant pour les valeurs de l’humanisme soit conduit à s’opposer ouvertement à des pouvoirs qui les bafoue ou les nie. Il le paye, parfois, de sa vie. Mais, même dans les cas de tensions extrêmes, il ne saurait s’affranchir des règles déontologiques qui lui imposent de respecter toutes les convictions, toutes les croyances, toutes les formes d’expression, y compris celles qui prétendent museler les siennes. Le journaliste militant attaché aux valeurs universelles met notamment un point d’honneur à donner la parole à ses adversaires et à faire preuve de tolérance à leur égard dans ses analyses et ses commentaires.

Il y a plusieurs textes de référence : 

  •  La Charte des devoirs professionnels des journalistes français (1918).
  •  Le Code éthique des journalistes américains (1926).
  •  Le Code de conduite des journalistes britanniques (1938).
  •  La Déclaration de principe de la Fédération internationale des journalistes sur la conduite des journalistes, dite « Déclaration de Bordeaux » (1954).
  •  La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, dite « Déclaration de Munich » (1971).
  •  Le Code de la presse allemand (Pressekodex, 1973).
  •  La Déclaration de l’Unesco sur les médias (1983).
  •  La Résolution du Conseil de l’Europe relative à l’éthique du journalisme (1993).

« La femme de César ne doit pas être soupçonnée… ». 

Le journaliste – comme Pompéïa, la deuxième femme de César, répudiée à cause d’une simple rumeur d’adultère – doit être au-dessus de tout soupçon. Sa responsabilité sociale exige que son intégrité professionnelle ne puisse jamais être mise en doute. Cette exigence inclut non seulement le respect de la vie privée, le respect de la dignité des individus, le refus des méthodes déloyales, le refus de promouvoir des intérêts particuliers contraires à l’intérêt général mais aussi l’interdiction de toute connivence et de toute compromission.

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C’est placer haut la barre du journalisme professionnel mais c’est ce qui fait la grandeur de la condition journalistique, du moins selon Sénèque : « Magnam fortunam magnus animus decet », « Une grande âme convient à une grande condition… »

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