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08. La vérité… au pluriel

Informer, c’est renseigner. Le renseignement donné doit être exact. S’il est inexact l’information n’en est pas une; elle est mensonge. Informer, c’est mettre en forme le renseignement fourni. Si cette mise en forme déforme le contenu du renseignement, il y a manipulation. Le premier devoir du journaliste professionnel est de servir le droit des gens à l’information honnête.

La vérité doit être respectée

Respecter la vérité, c’est porter une attention scrupuleuse à la réalité des faits. Les faits observés, même quand on les observe soi-même, peuvent être trompeurs. Il faut prendre le temps de comprendre ce que l’on observe pour ne pas se tromper sur la signification exacte de ses observations.
Exemple : dans la rue, je vois un homme en frapper un autre. La scène apparaît limpide: je vois un agresseur et un agressé. Mais n’y a-t-il pas autre chose derrière les apparences de cette scène ?

Procédure d’identification

Il y a une procédure méthodique à suivre pour identifier la vérité des faits observés afin de les rapporter aussi honnêtement que possible.

Quand l’observation est directe :

  • Garder à l’esprit que ce que l’on voit n’est qu’un morceau de vérité,
  • S’interroger sur le sens réel de ses observations,
  • Confronter ses observations à celles des autres témoins («Avez-vous vu ce que j’ai vu? Je ne suis pas sûr d’avoir bien vu: qu’avez-vous vu ?»),
  • Replacer les faits dans leur continuité,
  • Situer les faits dans leur contexte,
  • Mettre en forme les faits sans les sélectionner, ni les tronquer, ni les interpréter,
  • Faire relire son article pour vérifier que son contenu ne provoque pas une compréhension incorrecte.

Quand l’observation est indirecte :

  • Vérifier la fiabilité des témoignages,
  • Recouper les affirmations des témoins,
  • Solliciter les sources officielles,
  • Recourir aux formules de précaution: «Selon la police…», «Selon un témoin…».

La vérité doit être recherchée

Quand des intérêts particuliers ou collectifs s’opposent à la procédure d’identification de la vérité le devoir civique du journaliste est de la rechercher. Mais la recherche de la vérité ne justifie pas de recourir à n’importe quel moyen. Le respect de la vie privée et le respect de la dignité humaine font partie des normes du journalisme professionnel. En outre, dans les affaires d’intérêt public la recherche de la vérité est légitime, mais le journaliste n’est ni un policier ni un juge, ses moyens d’investigation restent limités. Il doit le savoir et l’accepter.

Opposer la transparence aux camouflages chaque fois que les entraves à la recherche de la vérité sont manifestement volontaires.

  • Demander des explications par courrier.
  • Exposer aux lecteurs ses difficultés.
  • Tenir l’agenda de ses recherches.
  • Archiver les preuves de sa bonne foi.
  • Rectifier ses erreurs.
  • Reconnaître ses torts.

Pas d’obsession !

Il arrive, pour le journaliste confronté à l’accumulation des obstacles, que la recherche de la vérité devienne une obsession. L’envie de la détenir comporte alors le risque de la déformer soi-même si, une fois découverte, elle ne correspond pas à l’attente du lecteur. Ce risque existe surtout quand le journaliste oublie son devoir d’impartialité pour privilégier une hypothèse : s’il n’intègre pas dans ses articles les faits qu’il découvre lorsque leur découverte ne confirme pas sa thèse, le journaliste commet une malhonnêteté. La vérité absolue n’existe pas.